Si c’est ça l’Québec moderne…

Au cas où vous venez de sortir d’un coma, dans trois jours, il y aura des élections provinciales au Québec. Et si c’est le cas, ben, je vous conseille d’y retourner, parce qu’on assiste à du n’importe quoi sur une échelle épique. Je n’ai que 23 ans, et je n’ai pas l’expérience de tant d’élections que ça, mais il me semble que quand on a une élection avec 5 partis présents, dont 0 qui se démarquent, ben y’a quelque chose qui tourne pas rond dans la Belle Province. Voici, donc, plus pour votre amusement que par zèle politique, un résumé des plateformes des candidats pour l’édition 2012 de Premier Ministre Académie.

Johnnie Charest, PLQ

Non, c’est pas pour déconner, son vrai nom c’est John Charest. C’est juste de commencer avec lui, vu que c’est lui qui a le plus à perdre. Lors de la campagne, Mr. Charest s’est présenté comme le candidat de l’ordre, et cite son comportement lors du Printemps Érable comme preuve de sa force et de son respect pour loi. Il ne cite pas, bien sûr, les conclusions de l’escouade anti-corruption, parce que, ben, fuck that. Évidemment, les Québecois ne sont pas dupes, et on a tous entendu parler des accusations de corruption dans le milieu de la construction, ainsi que des connections du Parti Libéral avec la mafia. Alors que l’infrastructure du Québec commence à ressembler à celle de Bagdad en mai 2003, et que les étudiants de l’UdeM continuent de faire leur Che Guevara après six mois de crise, Jean réussit quand même à dire sans sourciller qu’il est le seul qui peut maintenir l’ordre au Québec. Néanmoins, cette ironie semble passer inaperçue, probablement parce que….

Pauline Marois, PQ

On peut dire beaucoup de choses sur Pauline Marois, mais pas qu’elle ne va pas au fond de la chose. Alors que les économies du monde entier semblent être sur le bord de la crise, et qu’ici même au Québec on est taxés pires qu’un roux dans une école publique, Mme Marois se remet à parler de souveraineté, et de l’indépendance du Québec. Elle lance toutes sortes de propos qui semblent presque désignés pour faire chier n’importe qui qui n’est pas ‘pure-laine’, pour ensuite se replier et dire que finalement elle n’ira pas aussi loin, qu’on l’a mal comprise, pis qu’elle nous aime tous. Opportuniste au plus haut point, elle essaie de s’attirer le vote des jeunes en se pointant avec son carré rouge pis en jouant de la casserole avec nous, et s’est même attiré le support du comatose Léo Bureau-Blouin. Vous l’avez vu, lui, dans la nouvelle pub du PQ? Il regarde Marois comme s’il venait de tomber en amour. Mais bon, c’est pas du gossip ici, revenons à nos moutons (insérez une blague sur la chevelure de Charest ici).

Parlant de Charest, il devrait probablement envoyer un beau cadeau à Marois ce Noël, parce que grâce à elle, la question de souveraineté est revenue au premier plan, et tous les Anglos se mettent à tripper et à parler de voter pour Papa John. Résultat? Charest se présente maintenant comme celui, le seul, qui va garder le Québec dans le Canada. Alors qu’on a tellement de choses avec quoi se casser la tête, on se remet à parler de souveraineté. Là, là. Je comprends bien que le PQ a pour mission, pour raison d’être, la souveraineté du Québec. Mais ne reste-t-il aucun pragmatisme? Faut-il tout faire tout de suite? Les fins stratèges du PQ ne voient-ils pas la valeur de reconstruire la crédibilité de leur parti, absents du pouvoir depuis tant d’années déjà, en améliorant la situation économique du Québec avant de dire bye-bye au Canada?

Surtout, venez pas me demander mon avis sur la souveraineté, car sur ce point, je ferai mon….

Frank Legault, CAQ

Un nouveau venu qui n’est pas si nouveau que ça, un businessman invétéré, co-fondateur d’Air Transat, et ex-ministre de l’Éducation. Vous vous rappelez sûrement de la réforme du système d’éducation : ça s’est passé sous son ministère. Legault se présente sous la bannière Obama-esque du changement, ce mot-clé de la démocratie au 21e siècle, qui veut tout dire et rien dire en même temps. Celui-là, on aurait dû l’envoyer aux Olympiques, car ses articulations et acrobaties fouteraient la honte aux Chinois. Frank, c’est le genre de mec qui dit n’importe quoi, tant que c’est l’opposé de ce que l’autre dit.

Quess tu penses de la souveraineté, Frank? Ben, oui pis non, je la veux mais pas pour l’instant, c’est important mais il faut faire d’autres choses. Pis les étudiants, mon Frank? Ben ils devraient payer, mais pas autant, pis pas de la façon que Charest a proposé parce que Charest s’tun gros cave.  Ben c’est quoi ton plan, tabarnac? Le changement, criss! Couper des jobs du secteur public pis faire chier les syndicats!

Ok, merci bonsoir. Legault c’est le genre à promettre non seulement la lune, mais le Soleil, pis quelques constellations, why not. Surtout, ne pas compter pour lui pour des positions claires, à l’opposé de…

Françoise David et Amir Khadir, Québec Solidaire

On ne peut mentionner une sans l’autre, vu que la chef de QS n’a pas de siège à l’Assemblée Nationale. J’aime bien QS et leurs idées, et dans mon cœur de jeune gauchiste, je souhaite bien que le rêve d’une utopie socialiste, avec les universités gratuites et la limite salariale de $5 millions, se réalise au Québec. Néanmoins, en tant qu’étudiant en histoire, je réalise que non seulement ce parti a autant de chances de gagner que moi et une centaine de mes chums, mais que tout vouloir faire en même temps, ça marche pas si bien, surtout dans une démocratie, où après 5 ans va falloir rendre des comptes à 7.5 millions de personnes. S’ils rêvent de recréer une Révolution Tranquille en 2012, c’est une chose, mais, comme dirait mon prof de physique 416, M. Michaud, ‘Faut pas charrier non plus’. Certains me diront que certes, il faut rêver, il faut penser outside the box, et je suis entièrement d’accord. Je risque même de voter pour eux, car une présence de QS à l’Assemblée Nationale serait une bonne chose. Tout simplement, il faut se méfier des extrémismes, peu importe s’ils viennent de gauche ou de droite. Dans le meilleur des cas, c’est irréaliste, et dans le pire, ça risque de tout bousiller. Parlant d’extrémismes…

Jean-Martin Aussant, Option Nationale

On entend pas trop parler de lui, c’est sa première présence aux élections, il n’a même pas été invité au débat des chefs. Néanmoins, il faut respecter la simplicité et la clarté de son message : On crisse notre camp, that’s it that’s all. Encore une fois, l’idéalisme et le pragmatisme se font face ici, et j’irai pas copy-paste ce que j’ai écrit sur Marois. Il s’attire beaucoup de support chez les jeunes, mais à la vérité, je crois qu’il ne faut pas s’attendre à trop de lui ou d’ON.

Qui choisir, alors? Que faire? Bah, la beauté de la démocratie c’est que le choix est à vous. Mais donne-nous au moins ton opinion, Chris! Ok, si vous insistez. Je vote Bloc Pot*, personnellement, car je crois que le temps pour le changement est venu, que le Québec se doit de partir dans une nouvelle direction, que le futur de la province est entre nos mains, et qu’on doit aller de l’avant, ensemble.

Mais, de manière réaliste, j’aimerais voir un gouvernement minoritaire péquiste, avec la CAQ comme principal parti de l’opposition. Quelques sièges pour QS et ON, pis pourquoi pas, pour les libéraux aussi. Bref, j’aimerais que les cinq partis soient présents, mais qu’aucun ne soit beaucoup plus fort que les autres. Certes, y’a rien qui se passera, pis chaque motion prendra mille fois plus longtemps à être passée. Mais au moins on pourra voir les partis en action, et on aura une meilleure idée de la direction du Québec pour les prochaines élections. Qui plus est, ça rendra la chaîne télévisée de l’Assemblée Nationale intéressante en criss. Toujours ça de gagné!

*Oui, c’est un vrai parti! Oui, c’est exactement ce que vous pensez!

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